| Suivez le tour du monde de Julien parti de Thonon le 24 07 2011 |
La BIBLIOTHEQUE du RANDONNEUR
Depuis la nuit des temps, la marche et les voyages pédestres ont fait l'objet de publications, de récits, de romans et plus récemment de nombreux essais. De l'Exode biblique à la longue marche le long de la route de la Soie, en passant par les pèlerinages de Compostelle, la poésie des chemins et l'appel des sommets ou les réflexions philosophiques, rien de ce qui touche à la première activité physique de l'homme n'a été oublié et pour cause, comme l'exprime cette citation de Michel Lebris : « Que seraient les marches, les randonnées, les treks sans les livres qui leur ont donné la vie et qui en prolongent la trace, sans le bruissement de tous les ouvrages qui les guidèrent et que nous lûmes avant de prendre la route »
Cette rubrique consacrée à nos « coups d'oeil sur nos coups de coeur » permettra de faire connaître un ouvrage que vous avez apprécié.
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Chemins et Sentiers de la Hiaute N°59 janvier 2011
Eloqe de l'énergieVagabonde de Sylvain Tesson
Après avoir "roulé sur la terre", "marché dans le ciel", emprunté 7 axe du loup", passé "une vie à coucher dehors"et "traité sur l'immensité du monde", Sylvain Tesson, nous entraîne, avec la tête et les jambes dans une aventure humaine, le long des tubes qui acheminent, depuis le Caucase vers l'Occident, l'énergie dont ce dernier est affamé.
Ce périple, mené avec "sa seule force vitale" issue des "réserves d'énergie hibernant au fond de lui-même", certes propice à l'un de ces morceaux de bravoure auquel l'auteur nous a habitué, est aussi le prétexte à faire jaillir un flux de réflexions philosophiques, de constats géopolitiques ou de considérations écologiques.
Un véritable essai philosophique : Partant du principe, affirmé par tous les grands écrivains marcheurs, selon lequel le mouvement est propice à l'explosion des idées, l'arpenteur des steppes se livre à une étude détaillée sur le mystère de l'énergie, la force vitale tapie au fond de chaque homme. Ce bouillonnement d'idées en bonne compagnie: Aristote, Descartes, Spinoza, nous éclaire sur ce que peuvent ressentir, parfois confusément, tous les randonneurs. Si Bergson considère que "l'esprit est une force qui peut tirer d'elle-même plus qu'elle ne contient, donner plus qu'elle n'a"\\ n'en est pas de même pour les énergies naturelles...
La géopolitique: L'auteur nous plonge au coeur du "pipelinistan"et pour l'essentiel, à pied et à vélo le long du fameux "B.T.C. "qui relie Bakou (Azerbaïdjan), Tbilissi (Géorgie) à Ceyhan (Turquie). Si les risques, les problèmes et les tensions politiques ou les enjeux géostratégiques sont largement abordés, les rencontres avec les populations constituent rarement une fin en soi mais restent des moments de "bonheur fugace, rare" mais s"avèrent toujours propices pour déclencher la réflexion sur la société, les rapports humains, l'extrémisme, les rêves, la mort...
La dimension écologique: Enfin, Sylvain Tesson dresse un constat réaliste sur le fonctionnement de nos économies et la mondialisation, jette un regard lucide sur le développement durable nous délivre sans doute son message le plus grave quand "une fois l'humanité acculée à des nappes vides, il ne sera plus temps d'organiser un commerce équitable, une réduction des impacts ou un échange éthique. Mais il sera question d'imaginer vraiment un autre monde".
Toutes ces réflexions l'auteur aurait pu les mener, comme il le dit lui-même "le cul sur une chaise", il a pour notre plus grand bonheur préféré "actionner les rouages de son corps, battre le tapis des steppes, recourir à ses ressources physiques pour tailler la route à travers un univers de prédation des réserves naturelles et nourrir ses interrogations. Les idées jaillissant mieux sous les pas du vagabond que sous le couvercle de la méditation".
Editions Les Equateurs
Sentiers de la Hiaute N° 57 janvier 2010
En 1999, Bernard Ollivier, journaliste retraité, publiait le premier tome relatant la longue marche sur les traces de Marco Polo qui devait le conduire, exclusivement à pied, de la Méditerranée jusqu'en Chine par la route de la Soie.
Cette « randonnée impériale » de douze mille kilomètres, prévue par étapes d'environ trois mille kilomètres chacune à raison d'une par an, l'a mené à Xi'an.
Le marcheur au long cours avoue désormais « sa soif de lenteurs et de silences...son appétence têtue pour les rencontres... » son désir de se constituer un musée personnel « fait de chemins, d'hommes qui les empruntent, de places de village et de soupes partagées avec des inconnus »
Aux éditions Phébus collection Libretto.
1/3 Traversée de l'Anatolie (2001)
2/3 Vers Samarcande (2003)
3/3 Le vent des steppes (2005)
LES INCONTOURNABLES DE LA BIBLIOTHEQUE DU RANDONNEUR
Volet primordial, les « coups d'oeil sur les coups de cœur vous permettront de faire connaître un ouvrage que vous avez apprécie à l'instar de « la semaine de vacances » qui vous est proposée dans ce numéro...
« Une semaine de vacances » est assurément un petit opus très drôle qui s'adresse à tous ceux qui randonnent au sein d'un club, partent à plusieurs pour des séjours en montagne ou des treks aux quatre coins de la planète. Il peut aussi mettre en garde les candidats à cette activité qui séduit de plus en plus de citadins, parfois des solitaires qui veulent se soigner ou encore des sédentaires qui aspirent enfin à bouger.
On trouve dans cet ouvrage une galerie de portraits que ne renierait pas les concepteurs de « f acebook » et qui n'ont rien de virtuel : le boute en train, intarissable sur tous les sujets, le taiseux, le « retaillé» toujours en tête, l'empêcheur de marcher en rond, le bon vivant, et tous ces personnages imaginaires dont la ressemblance avec des randonneurs que nous avons rencontrés ...ou que nous pourrions fréquenter un jour ne serait que le fruit du hasard.
Voici enfin, un cri du cœur qui n'a rien à voir avec la poésie, la philosophie, les états d'âme ou les envolées lyriques publiés par des marcheurs illustres ou moins connus, mais qui a été poussé par un animateur de randonnée pédestre. Même si en l'occurrence il s'agit d'un professionnel, il est vraisemblable que tous les bénévoles du milieu associatif y reconnaîtront, ici où là, tôt ou tard, quelques unes de leurs « ouailles »
Son cri vient incontestablement du cœur car il n'y a aucune méchanceté dans les propos de l'auteur et le lecteur sait pertinemment que les caricatures sont toujours le fruit d'une compilation des travers et des qualités que chaque membre peut « afficher » en alternance et de manière plus ou moins concentrée.
Tous les adeptes de ce loisir sportif de pleine nature qui « persistent » à randonner au sein de leurs associations apprécient les liens profonds qui les unissent entre eux et les sentiments qu'ils portent à leurs accompagnateurs... et réciproquement. En aucun cas « la semaine de vacances » ne peut les inciter à mettre en application la formule toute faite « il vaut mieux marcher seul que mal accompagné »
Une semaine de vacances par Jean Marc AUBRY Editions Guérin 2002
« A marche forcée sur les chemins de la liberté »
Si dans nos sociétés modernes la randonnée et le trek sont surtout associés au loisir, aux quatre coins de la planète, l'homme continue à se déplacer à pied pour subvenir à ses besoins ou retrouver les autres, pour entreprendre un grand pèlerinage, prendre le chemin de l'exil ou celui de la liberté.
La grande saga des marcheurs-explorateurs, écrivains-voyageurs et autres aventuriers pédestres, savants ou poètes flâneurs a fait l'objet d'un ouvrages de référence (1).
(1) « Sur les traces des grands marcheurs de tous les temps » Henri Viaux (Edition Ouest -France 2001)
Une longue marche contestée.
Slavomir Rawicz, officier polonais condamné en 1940 à la déportation par le Tribunal suprême des Soviets ne figure pas au panthéon des marcheurs illustres, vraisemblablement parce que sa « marche forcée » de 6000 km en deux ans, du camp N° 303 en Sibérie septentrionale, vers le sud, le Bengale, la liberté, n'a jamais été « authentifiée ».
Il n'en demeure pas moins que son récit mis en forme par Ronald Rowning, publié en 1956 (2) dans le monde entier (en 18 langues) tient en haleine le lecteur qui ne se préoccupe pas sans cesse de savoir s'il s'agit d'une véritable épopée, d'une aventure plus modeste un peu enjolivée ou d'une fiction pure et simple inspirée par la grande mythologie de la reconquête de la liberté.
Au delà de la polémique autour de la véracité de l'histoire de Rawicz et de ses six compagnons, c'est le regretté Nicolas Bouvier qui a le mieux résumé l'ouvrage : « Ce n'est pas de la littérature, c'est peut-être mieux que ça. Certains livres sont assez forts pour se passer du secours du style »
(2) « A marche forcée - A pied du cercle polaire à l'Himalaya (1941-1942) Slamovir Rawicz (Nouvelle Edition Phébus 2OO2 collection d'ailleurs)
Sur les traces des évadés du goulag.
C'est un autre écrivain et voyageur « par des moyens honnêtes et écologiques: à pied, à cheval, à vélo ... », Sylvain Tesson, touché par cette aventure relatée par Rawicz qui s'est lancé en 2003 dans une expédition de 9 mois sur les pas des évadés du camps 303.
Cette aventure qui l' a conduit après « une vie sauvage et solitaire » à travers la taïga jusqu'à Calcutta via la Mongolie , le désert de Gobi, le Tibet, les cols de l' Himalaya et la plaine du Gange, a été largement couverte par le magazine « les carnets d'Expé » et le documentaire de télévision « les chemins de la liberté » (3) grâce à la présence épisodique respective du photographe Thomas Goisque et du cinéaste Nicolas Millet.
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Sylvain Tesson
Sylvain Tesson qui vient de publier le récit de son expédition (4) considère « que le périple de Rawicz est possible et que son histoire est plausible dans son ensemble » malgré quelques « anomalies absolues » liées à l'absence de notes et de cartes, mais aussi vraisemblablement imputables aux défaillances de la mémoire des protagonistes dus à l'épuisement physique, la sous-alimentation, le délabrement psychique. et l'écriture du livre dix ans après les faits.
Hymne à la marche et à la liberté.
S'il n'apporte pas de réponse à graver dans le marbre sur l'exploit de Rawicz, Sylvain Tesson a vécu les souffrances du corps et de l'esprit sur ce que Nicolas Delesalle appelle les « sentes désolées de sa propre déréliction » et apporte sa contribution au devoir de mémoire du à tous ceux qui ont quelquefois réussi une cruelle quête de liberté.
Dans ce registre on peut également lire le récit de « la grande évasion » entreprise par Clemens Forell, soldat de la Wehrmacht capturé sur le front russe et déporté en Sibérie et qui a réussi , « aussi loin que ses pas l'ont porté » .... à atteindre l'Iran (5)
Tous ces ouvrages où l'homme est au cœur d'un morceau de vie inhumaine, vous entraînent dans la plus élémentaire des aventures « marcher pour survivre » « marcher pour être libre » .
Les adeptes de la randonnée qui bougent essentiellement pour le bien-être du corps et de l'esprit, tous ceux qui privilégient le goût de l'effort plutôt que le confort systématique et toutes les « sirènes » de la modernité ne peuvent rester insensibles à ces hommages.
Jeanot Dellenbach jeanot.lalpin@orange.fr
(3) Carnets d'Expé n°2 avril mai juin 2004 <Contact@expmag.com> et documentaire français diffusé régulièrement en octobre sur la chaîne « Voyage »
(4) « L'axe du loup - De la Sibérie à l'Inde sur les pas des évadés du goulag « de Sylvain Tesson. (Robert Laffont 2004) voir aussi <www.transboreal.fr>
(5) Aussi loin que mes pas me portent : La Traversée de l'Asie d'un fugitif allemand évadé du Goulag, 1949-1952 de Joseph Martin Bauer, (Edition Phébus)
21-Jan-2011